-A +A

Les Arméniens dans la rue pour marquer leur refus du protocole Erevan-Ankara

PrintPrintSendSendPDFPDFPar Suzanne Baaklini, L'Orient-Le Jour, Beyrouth, 7 October 2009
(For the English adaptation; click here)

C'est par centaines que les Arméniens du Liban sont descendus dans la rue à l'appel de leurs trois principaux partis pour marquer leur refus du protocole devant être signé entre Erevan et Ankara le 10 octobre. Ils s'étaient regroupés devant l'hôtel Habtoor où est arrivé le président arménien Serge Sarkissian, pour une courte visite au Liban.  La tension était palpable hier sur les visages des manifestants devant l'hôtel où séjourne le président de l'Arménie. Ils étaient venus à pied de Bourj Hammoud et il était clair que pour eux, l'enjeu est énorme : même si tous, pratiquement, sont nés au Liban et n'ont pu connaître l'époque du génocide, ils se considèrent comme « le fruit de cet exil ».
 

Le « non » au protocole devant initier une normalisation des relations entre la Turquie et l'Arménie sonnait fort pour bien parvenir aux oreilles du président arménien. La tension a atteint son comble quand un clash a eu lieu entre certains manifestants et les troupes antiémeute des Forces de sécurité intérieure (FSI). Il faut dire que les forces de l'ordre, FSI et armée, étaient déployées en grand nombre sur les lieux.

Les slogans sur les banderoles (en arménien, anglais ou arabe) invoquaient tantôt la nécessité d'un changement au niveau de la politique arménienne, invitant le président Sarkissian à « négocier avec les Turcs pour qu'ils reconnaissent le génocide », tantôt étaient d'un ton plus ferme, « Ararad appartient à l'Arménie » ou encore « L'histoire arménienne n'est pas à vendre », ou encore franchement hostile, « Si vous ouvrez les frontières, vous verrez les bombes ». Dans la foule, on entonne l'hymne national arménien et des chants patriotiques dans cette langue, mais aussi l'hymne national libanais.
Les sentiments exprimés par les manifestants étaient très similaires. Le jeune Krikor, venu de Bourj Hammoud, n'hésite pas à qualifier le président Sarkissian de « traître ». « Si ce protocole passe, les dernières 90 années auront été en vain », ajoute-t-il. Marie, une dame venue d'Antélias, ne trouve pas les mots pour qualifier ce qu'elle a ressenti quand elle a appris la nouvelle. « J'espère qu'il nous entendra », dit-elle.

Dikran et Krikor pensent qu'il s'agit surtout d'une question de « droit ». « Avec un million et demi de martyrs, il nous faut le prix du sang, et ce prix, c'est la reconnaissance du génocide, disent-ils. Et puis il y a tous ces terrains qui appartiennent à l'Arménie, ces régions dont nous sommes originaires. Comment concevoir de conclure un accord avec les Turcs sans qu'ils nous les restituent ? » Pour les deux jeunes hommes, la Turquie fait une manœuvre pour être intégrée plus facilement à l'UE, et les autorités arméniennes recherchent l'intérêt économique du pays. « Mais les Turcs noieront le marché arménien de produits bon marché, et la situation économique empirera », affirment-ils.

Le député Hagop Pakradounian était là, ainsi que d'autres personnalités politiques et religieuses de la communauté. À un certain moment, M. Pakradounian a exhorté la foule, en arménien, au calme et à ne pas huer le convoi du président Sarkissian. Avec le secrétaire général du parti, Hovig Mekhitarian, et les autres, il a été reçu par le président arménien, pour lui transmettre la position de la communauté au Liban, mais aussi dans les pays environnants.

Alice Boghossian, membre du comité de la défense des droits des Arméniens et responsable du bureau de presse du parti Tachnag, assure que les trois partis arméniens principaux - avec le Henchag et le Ramgavar - sont unis dans cette protestation. Elle explique que le refus d'un tel protocole vient du fait que l'Arménie, tout autant que la diaspora, n'y trouvent pas leur compte, puisque la question des terres occupées et la reconnaissance du génocide n'ont pas été évoquées. « Des mouvements de protestation similaires ont éclaté à Paris, à New York, à Los Angeles, dit-elle. Les gens sont mécontents en Arménie également. »

Mme Boghossian dit comprendre que les intérêts priment en politique, « mais les intérêts ne doivent pas aller à l'encontre de la mémoire d'un peuple ». Pense-t-elle que de telles protestations pourraient faire échouer la signature du protocole ? « Je ne sais pas, mais il faut maintenir la pression. » Le protocole nuira-t-il à la cause comme le craignent les manifestants ? « Une cause ne meurt pas tant qu'il y a quelqu'un pour la défendre », assure-t-elle.

English Adaptation by JT

Armenians Demonstrate Against Yerevan-Ankara Protocols on Beirut Streets
 
Hundreds of Lebanese-Armenians took to Beirut streets to call for their three main political parties to show their rejection of the protocols to be signed by Ankara and Yerevan on Oct.10. They gathered outside the Habtoor Hotel where Armenian President Serge Sarkisian stayed during his short visit to Lebanon.
 
The tension was palpable on the faces of the protesters. They came on foot from Burj Hammoud [a mostly-Armenian neighborhood], and it was clear that for them the stakes are enormously high. Even if practically all of them were born in Lebanon, they still regard themselves exiles because of the genocide of Armenians by Turkey.. The shouts of "No" to the protocol, which would initiate a normalization of relations between Turkey and Armenia, was high enough to reach the ears of the Armenian president. The tension reached its climax when a clash occurred between some demonstrators and the riot control troops of the Internal Security Forces (ISF). Following anti-protocols demonstrations in Paris, New York and Los Angeles, a large number of law enforcement, ISPs and army were deployed to the Beirut demonstration site.
 
Banners and posters, in Armenian, in English and in Arabic, called for a change in Sarkisian's policies or demanded that the Armenian president "negotiate with the Turks to recognize the genocide." Placards declared "Ararad belongs to Armenia" or "The Armenian History is Not for Sale", or were openly hostile: "If you open the borders, you will see bombs". The crowd sang the Armenian national anthem and other patriotic songs, as well as the Lebanese national anthem.

The demonstrators were unanimous in their condemnation of the protocols. Krikor, a young man from Burj Hammoud, did not hesitate to call Mr.Sarkisian a traitor. "If the protocols are ratified, the last 90 years would have been in vain," he said. Mary, a woman from Antelias [a Beirut suburb], said that she could not find the words to describe her feeling when she heard that Armenia was to ratify the protocols.
 
"With a million-and-half martyrs, we need the blood money from Turkey: it would be a recognition of the genocide. And then there are all the lands which belong to Armenia; the regions where we come from. How can we sign an agreement with the Turks without the restoration of those lands to us?" Krikor asked. For two young Armenian men, Dikran and Krikor, the protocols are Turkey's maneuver to enter the European Union while Armenian authorities believe they are looking after the interests of Armenia. "But the Turks will drown the Armenian market with cheap goods, and Armenia's economic situation will worsen," they said.
 
Member of Parliament Hagop Pakradounian also participated in the demonstration, in addition to political and religious leaders of the community. At one point, Mr.Pakradounian urged the crowd not to boo President Sarkisian's convoy. With the Armenian Tashnag party's general secretary, Hovig Mekhitarian, and others, Mr. Pakradounian transmited to President Sarkisian the Lebanese-Armenian community's position, in addition to the position of Armenian communities in neighboring countries.
 
Alice Boghossian, Armenian human rights committe member and media officer of the Tashnag political party, said  the three major Armenian political parties--the Henchag, Ramgavar, and Tashnag--are united in their denounciation of the protocols. She said that Armenians in Armenia and in the Diaspora reject the protocols because the latter do not recognize the Armenian Genocide or mention Armenian lands now occupied by Turkey. "Protests have erupted in Paris, New York, and in Los Angeles," she said. People are dissatisfied in Armenia as well as in the Diaspora."
 
Ms. Boghossian said that she understood the political pressures on Armenia."But these political pressures should not go against the memory of a people," she said. "I don't know whether the demonstrations would halt the ratification of the protocols, but we must maintain the pressure," Ms. Boghossian said, adding that a cause does not die as long there's someone to defend it.


Your rating: None Average: 3 (2 votes)

Comments

Post new comment

Note

Keghart.com edits comments for grammatical and spelling errors, obscenity, libelous, offensive and confrontational expressions. Please limit comments to a maximum of 200 words. Incomprehensible or irrelevant sentences and duplicate comments will be removed. Following receipt of your comment, Keghart.com will send you a verification email to safeguard against spam and impersonation, please click on the link in that email.
Comments are usually posted within 24 hours following your verification.

The content of this field is kept private and will not be shown publicly.
pendreschekednes